SpaceX vient de compléter une constellation satellite entière… et ce n’est pas Starlink. Le 13 septembre 2026, un Falcon 9 a décollé de Cap Canaveral pour placer en orbite les trois derniers satellites du réseau O3b mPower — F11, F12 et F13. Mission accomplie, constellation bouclée, et pourtant : presque personne n’en parle.
C’est là que le paradoxe devient intéressant. SpaceX, l’entreprise derrière Starlink, vient de terminer le déploiement d’un réseau concurrent. Un lanceur qui travaille pour son propre adversaire. Alors, complot ? Stratégie ? Simple business ?
Je vais t’expliquer ce qu’est vraiment O3b mPower, pourquoi ça existe, et ce que ce lancement discret révèle sur la maturité industrielle de SpaceX.
O3b mPower : le réseau satellite que tout le monde ignore
Derrière O3b mPower, il y a SES Luxembourg — un opérateur satellite discret, peu connu du grand public, mais qui pèse lourd dans les télécoms spatiales mondiales. Ce n’est pas une startup. C’est un acteur historique qui opère des satellites depuis des décennies.
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Le projet O3b mPower remonte à plus d’une décennie. SES a signé des contrats avec Boeing pour la fabrication des satellites, et avec SpaceX pour les lancer. Un chantier long, coûteux, mais aujourd’hui terminé.
Ce qui surprend au premier regard, c’est l’échelle : 13 satellites au total pour couvrir l’ensemble du globe. Quand on sait qu’à titre de comparaison, Starlink dépasse désormais les 11 000 satellites en orbite, là où O3b mPower n’en compte que 13, la question s’impose d’elle-même : comment est-ce possible ?
La réponse, c’est l’orbite.

L’orbite MEO : pourquoi 13 satellites peuvent couvrir la planète entière
Tout est une question d’altitude. Il existe trois grandes familles d’orbites satellites, et chacune a ses règles du jeu :
- LEO (Low Earth Orbit) — comme Starlink : environ 550 km d’altitude. Latence ultra-faible, mais couverture par satellite très limitée. Il en faut des milliers.
- MEO (Medium Earth Orbit) — comme O3b mPower : environ 8 000 km. Chaque satellite « voit » une zone beaucoup plus grande. 13 satellites suffisent pour couvrir le globe.
- GEO (Geostationary Orbit) — l’ancienne génération : 36 000 km. Couverture massive avec très peu de satellites, mais une latence élevée qui pénalise certains usages.
L’orbite MEO est le juste milieu. On monte en altitude pour élargir la couverture, tout en restant suffisamment bas pour contenir la latence à des niveaux acceptables pour les professionnels. C’est un compromis assumé, taillé pour des besoins très spécifiques.
LEO vs MEO : deux philosophies, deux marchés
Il ne faut pas opposer Starlink et O3b mPower comme si l’un allait tuer l’autre. Ce sont deux outils conçus pour des usages différents :
- Starlink misait sur la masse : des milliers de petits satellites, une latence minimale, pensée pour le grand public, les nomades, les zones rurales, la mobilité.
- O3b mPower mise sur la puissance par faisceau : peu de satellites, mais des débits concentrés et stables, pensés pour des clients professionnels très exigeants.
Pas de guerre. Juste deux réponses différentes à deux problèmes différents.
À qui s’adresse vraiment O3b mPower ?
Soyons clairs : ce n’est pas un réseau grand public. Tu ne vas pas t’abonner à O3b mPower pour regarder Netflix chez toi.
Les clients cibles, c’est un monde à part :
- Les compagnies maritimes — imagine un paquebot en plein Pacifique, à 3 000 km de toute côte, avec 5 000 passagers qui veulent du Wi-Fi. O3b mPower est fait pour ça.
- L’aviation commerciale, qui cherche une connectivité stable à haute altitude.
- Les plateformes offshore — pétrole, gaz, énergie — souvent isolées et dépendantes d’une connexion fiable.
- Les opérateurs télécom qui ont besoin de backhaul satellite en zones reculées.
- Les gouvernements et institutions cherchant une connectivité satellite haut débit sécurisée.
Et le plus intéressant dans tout ça ? En 2023, SES et SpaceX ont signé un partenariat pour combiner O3b mPower et Starlink sur les mêmes navires de croisière. Les deux réseaux ne se battent pas — ils cohabitent déjà, sur les mêmes bateaux, au service des mêmes passagers.

SpaceX lance des satellites pour un réseau concurrent : paradoxe ou business ?
La question mérite d’être posée directement : est-ce que c’est étrange que SpaceX déploie une constellation satellite pour un opérateur qui, sur le papier, concurrence Starlink ?
La réponse courte : non.
SpaceX n’est pas qu’un opérateur satellite. C’est aussi — et depuis longtemps — un prestataire de lancement commercial qui vend ses lanceurs à qui peut se les offrir. C’est une ligne de business à part entière, indépendante de Starlink.
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Et quand on regarde les chiffres — Starlink dépasse les 11 000 satellites en orbite depuis août 2026 — SpaceX n’a clairement pas besoin d’éliminer O3b mPower pour dominer le marché. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que SpaceX joue le rôle de lanceur pour des constellations confidentielles — le Pentagone y a lui aussi recours.
La cohabitation est plus rentable que la guerre. Et SpaceX l’a bien compris.
Un lanceur pour tout le monde
La liste des clients de SpaceX qui n’ont rien à voir avec Elon Musk est longue : l’ESA avec le télescope Euclid, Axiom Space pour ses missions vers l’ISS, des satellites militaires, et maintenant SES avec O3b mPower.
SpaceX s’est progressivement imposé comme l’acteur incontournable du lancement commercial et militaire, bien au-delà de ses propres constellations. Ce modèle consolide les revenus de l’entreprise bien au-delà de ce que Starlink seul pourrait générer.
Le lancement lui-même : un Falcon 9 vétéran pour une mission presque banale
Le 13 septembre 2026, Cap Canaveral. Fenêtre de lancement de 87 minutes, ouverture à 14h49 heure de l’Est. Un Falcon 9 s’arrache du pas de tir avec les trois derniers satellites d’O3b mPower à son bord.
Jusque-là, rien d’exceptionnel. Mais le booster, lui, mérite qu’on s’y arrête.
Ce propulseur en était à son 29ᵉ vol. Un record qui force le respect. Son palmarès avant ce lancement :
- 2 missions Axiom vers la Station spatiale internationale
- Le lancement du télescope spatial Euclid pour l’ESA
- 22 lots de satellites Starlink
Et pour boucler la mission, objectif : réaliser la 661ᵉ récupération de booster Falcon 9 sur le drone *A Shortfall of Gravitas*.
Ce qui frappe, c’est précisément le côté routinier de tout ça. Un booster à son 29ᵉ vol, une récupération numérotée dans les centaines, une constellation complétée sans tambour ni trompette. Ce lancement « discret » est en réalité le reflet d’une maturité industrielle que peu d’acteurs dans le monde peuvent revendiquer.
Comme le soulignent les experts consultés sur les dynamiques des orbites MEO, ce type de constellation représente une approche complémentaire — et non concurrente — aux grands réseaux LEO comme Starlink. SpaceX a tout à gagner à rester le lanceur de référence pour tous, y compris pour ceux qui construisent différemment.
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