Ce n’est pas tous les jours qu’une entreprise relance discrètement un engin spatial… qu’elle avait déjà lancé discrètement. Le 20 octobre 2026, à 7h04 ET depuis la Floride, SpaceX a remis ça avec Starfall — cette mystérieuse capsule de rentrée atmosphérique que la plupart des gens n’avaient jamais entendu nommer. Et pourtant, ce deuxième vol est bien plus révélateur que le premier. Voilà pourquoi.
Bandwagon-5 : un lancement rideshare pas comme les autres
Le programme Bandwagon, c’est la formule « covoiturage orbital » de SpaceX : plusieurs clients partagent un même Falcon 9 pour réduire les coûts de mise en orbite. Pratique, économique, et de plus en plus populaire.
Pour ce vol, les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- 32 charges utiles embarquées à bord
- Décollage depuis le Space Launch Complex 40 à Cap Canaveral
- Premier étage à son 19ème vol, récupéré proprement sur le drone A Shortfall of Gravitas — un record qui mérite franchement d’être salué
Parmi ces 32 passagers, pourquoi Starfall retient-elle l’attention ? Déjà parce qu’elle a été la dernière à quitter le Falcon 9, à 2h48 après le décollage. Une sortie en coulisses, presque théâtrale.
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Mais surtout parce que derrière cette capsule compacte se cache quelque chose de bien plus grand qu’une simple charge utile anonyme.

Starfall, la capsule que SpaceX ne voulait pas montrer
En juin 2026, Starfall avait effectué son premier vol dans un silence quasi total. Zéro communication officielle de SpaceX. Aucune mention publique, aucun communiqué. C’est via les dossiers FAA et FCC — et grâce aux journalistes et observateurs spatiaux indépendants — qu’on avait fini par mettre le doigt dessus.
Une discrétion qui rappelle la façon dont SpaceX avait géré ses lancements les plus secrets ces dernières années. Le schéma est rodé : laisser les régulateurs parler à la place de l’entreprise, et voir si quelqu’un remarque.
Le vrai tournant avec ce 2ème vol ? Starfall figure nommément sur la page de mission officielle de SpaceX. C’est un changement de posture radical.
Plusieurs lectures possibles :
- La phase de test est terminée, SpaceX assume publiquement le produit
- Un client sérieux est dans la boucle et exige un minimum de visibilité
- SpaceX prépare une commercialisation et veut crédibiliser la capsule en amont
Et il y a un détail de calendrier qui interpelle : SpaceX publiait ses résultats financiers Q3 le soir même du lancement — d’autant que SpaceX publiait ses résultats financiers le soir même du lancement. Coïncidence ou calendrier soigneusement orchestré ? Je penche pour la deuxième option.
Ce qu’on sait (et ce qu’on ne sait toujours pas) sur la capsule
Les données techniques : ce que la FAA nous a appris
Grâce aux dossiers réglementaires, on dispose de quelques données concrètes sur Starfall :
- Diamètre : ~3,1 mètres
- Hauteur : ~76 centimètres
- Masse à vide : ~2 087 kg
- Capacité de retour : jusqu’à ~998 kg de charge utile ramenée sur Terre
Presque une tonne de matériaux fabriqués en orbite qu’on peut récupérer. La vocation déclarée : fabrication en microgravité, recherche scientifique, tests en orbite.
Pour donner une image concrète : Starfall est plus large qu’une capsule Dragon Cargo sur l’axe horizontal, mais bien plus compacte en hauteur. Un disque volant orbital, en quelque sorte.
Ce que SpaceX garde encore pour lui
La zone de récupération reste non confirmée officiellement. Le premier vol visait le Pacifique — mais pour celui-ci, silence radio. Le contenu exact embarqué ? Inconnu. L’identité des clients éventuels ? Aucune confirmation.
Le paradoxe est savoureux : plus de visibilité officielle, mais pas forcément plus de transparence sur ce qui compte vraiment. C’est le jeu avec SpaceX. On s’y fait.

Varda à bord : SpaceX transporte son propre concurrent
C’est probablement l’angle le plus savoureux de ce vol. Parmi les 32 charges utiles de Bandwagon-5 se trouvait la mission W-Series 7 de Varda Space Industries — une entreprise fondée en 2021, spécialisée dans la fabrication commerciale en microgravité.
Autrement dit : un concurrent direct de Starfall, transporté sur le même vol, par SpaceX elle-même.
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La mission W-7 avait un objectif concret et fort : tester la solubilité d’un médicament anti-cancer (Protac) en microgravité. La taille de la capsule Varda W-7 est environ 3× plus petite que Starfall — les deux jouent donc dans des catégories différentes, mais le marché adressé est le même.
Quelques repères sur Varda :
- W-7 est la 9ème capsule de rentrée lancée par l’entreprise
- W-8 et W-9 sont déjà en orbite depuis début octobre sur Transporter-18
- Varda utilise les lanceurs SpaceX depuis ses débuts
Ce n’est pas la première fois que SpaceX lance les satellites d’un concurrent sur ses propres fusées. C’est ça, la logique « plateforme » : le rideshare, c’est du business avant tout. Et SpaceX est trop bon lanceur pour que ses concurrents aillent voir ailleurs.
Microgravité commerciale : pourquoi ce marché s’emballe en 2026
Pourquoi autant d’acteurs s’intéressent-ils simultanément à la microgravité commerciale ? Parce que ce que l’on peut faire en orbite est tout simplement impossible à reproduire sur Terre.
Quelques exemples concrets :
- Cristallisation de protéines de meilleure qualité pour la recherche médicale
- Fabrication de matériaux aux propriétés inédites (alliages, mousses métalliques…)
- Tests pharmaceutiques en conditions de microgravité — comme le Protac de Varda
En 2026, le timing est frappant : Starfall, Varda, et d’autres acteurs en coulisses accélèrent tous en même temps. Ce n’est pas un hasard — c’est la maturité d’un marché qui se mettait en place depuis des années.
Si Starfall se commercialise vraiment, SpaceX entre frontalement sur un marché qu’elle avait jusqu’ici laissé à des tiers. Des experts du secteur soulignent d’ailleurs que la fabrication en orbite représente l’un des segments à plus forte croissance de l’économie spatiale pour la prochaine décennie.
Le vrai test reste la récupération de Starfall — et on attend toujours la confirmation officielle de la zone de splashdown. Quand SpaceX voudra bien parler, on sera là.
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