Fusées électriques impossibles : Musk répond à la note ESG catastrophique de SpaceX
Cette semaine, MSCI a attribué une note ESG CCC à SpaceX — la pire note possible sur leur échelle de notation. Et le timing est pour le moins brutal : la note tombe en pleine préparation de au moment de son introduction en bourse très attendue.
La réponse de Musk ne s’est pas fait attendre. Le 21 juin 2026, il poste sur X une phrase aussi sèche que définitive : “Unfortunately, electric rockets are impossible.”
Est-ce une vraie réponse technique ? Une esquive bien emballée ? Ou les deux à la fois ? Je décortique tout ça.
Une note ESG CCC : ce que MSCI reproche vraiment à SpaceX
Pour situer le contexte : l’échelle MSCI va de AAA à CCC. SpaceX est littéralement au plancher — au même niveau de scoring de durabilité que certains États pétroliers. C’est un signal fort, surtout à quelques semaines d’une IPO.
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MSCI pointe deux griefs principaux.
Premier grief : les émissions. Les lanceurs orbitaux brûlent des quantités massives de carburant. Les moteurs Merlin tournent au kérosène, les Raptor au méthane — et les émissions générées sont difficilement comparables à d’autres industries, faute de référentiel établi.
Deuxième grief : la gouvernance. La structure de contrôle très concentrée autour de Musk, avec une protection limitée des actionnaires minoritaires et une absence de contre-pouvoirs institutionnels robustes, fait tiquer les analystes ESG.
Qu’est-ce que la note MSCI ESG, concrètement ?
MSCI évalue les entreprises sur trois axes : environnement, social, gouvernance. La méthodologie est rodée pour les industries matures — pétrole, automobile, finance.
Le problème ? Une entreprise spatiale est structurellement pénalisée par ce cadre. Il n’existe pas d’alternative “verte” aux lanceurs orbitaux aujourd’hui. Ce n’est pas un choix stratégique de SpaceX — c’est une contrainte physique.
Et surtout : MSCI n’est pas un régulateur. C’est une agence privée de notation, dont les grilles ont été conçues pour mesurer des risques dans des secteurs où des alternatives existent déjà.

“Les fusées électriques sont impossibles” : Musk a-t-il raison ?
Techniquement ? Oui. En grande partie.
Pour quitter l’atmosphère terrestre, il faut une poussée supérieure au poids du lanceur. La propulsion électrique génère une poussée infime — de l’ordre de quelques millinewtons à quelques newtons selon les systèmes. Un Falcon 9 pèse 549 tonnes au décollage. Un propulseur ionique ne pourrait tout simplement pas le soulever d’un centimètre.
C’est de la physique newtonienne de base, pas de la politique industrielle.
Mais il y a une nuance que Musk ne mentionne pas : SpaceX utilise déjà la propulsion électrique dans l’espace. Les satellites Starlink embarquent des propulseurs au xénon ou au krypton pour le maintien orbital. L’affirmation est vraie pour le décollage depuis la Terre — elle devient trompeuse si on la sort de ce contexte précis.
Propulsion ionique vs chimique : les chiffres qui expliquent tout
| Critère | Propulsion chimique | Propulsion ionique |
| Poussée | Très élevée (MN) | Très faible (mN à N) |
| Efficacité carburant (Isp) | 300–450 secondes | 1 500–3 000+ secondes |
| Cas d’usage | Décollage, orbite basse | Maintien orbital, trajectoires longues |
| Maturité | Mature, opérationnel | Mature en orbite, inutilisable au sol |
L’ionique est bien plus économe en carburant — mais il ne génère pas assez de force pour combattre la gravité terrestre. C’est deux outils différents, pour deux phases de vol différentes.
SpaceX fait déjà des efforts : réutilisabilité et méthane durable
Ce que la note MSCI ne capture pas vraiment, c’est la trajectoire — pas juste la photo instantanée.
Certains boosters Falcon 9 ont volé plus de 30 fois. Ça change radicalement l’empreinte matière par mission. Une fusée jetable et une fusée réutilisée 30 fois, ce n’est pas la même équation environnementale — même si les émissions par vol restent identiques.
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Le Starship, conçu dès l’origine pour une réutilisabilité rapide et à grande échelle, pousse cette logique encore plus loin. L’ambition : descendre le coût au kilo en orbite de façon drastique, ce qui réduirait mécaniquement le nombre de lancements nécessaires pour la même charge utile globale.
Sur le carburant : le méthane (CH₄) utilisé par le Starship est théoriquement produisible de façon durable — via méthanisation de déchets organiques ou synthèse à partir de CO₂ atmosphérique. Ce n’est pas encore la réalité opérationnelle, mais c’est une voie ouverte que le kérosène ne permet pas.
La vraie stratégie de durabilité de SpaceX, c’est peut-être ça : faire tellement moins de lancements, avec des charges tellement plus lourdes, que l’empreinte globale s’effondre. Une logique que les grilles MSCI ne sont pas encore équipées pour mesurer.

ESG et industries de rupture : un cadre pensé pour hier ?
Ce débat, je l’ai déjà vu jouer en 2022. Tesla avait été exclue du S&P 500 ESG au profit d’ExxonMobil. Musk avait qualifié l’ESG de “scam” — et même si le mot est fort, l’argument de fond n’était pas totalement infondé.
La question centrale est celle-ci : peut-on évaluer avec les mêmes outils une industrie mature et une industrie de rupture sans alternative technologique disponible ?
Un lanceur spatial ne peut pas fonctionner à l’énergie solaire aujourd’hui. Ce n’est pas un manque de volonté — c’est une impossibilité physique. Pénaliser SpaceX comme on pénaliserait un constructeur automobile qui refuse d’électrifier, c’est confondre deux situations radicalement différentes.
Le paradoxe est réel : une entreprise qui construit l’infrastructure pour réduire massivement le coût d’accès à l’espace — voire pour préparer une présence humaine multiplanétaire — sera toujours mal notée à court terme par des grilles conçues pour des secteurs matures.
Faut-il des cadres ESG différenciés selon le stade technologique des secteurs ? C’est un débat qui dépasse largement SpaceX, et les experts consultés dans ce domaine commencent à poser sérieusement cette question.
La vraie question n’est pas de savoir si SpaceX est “vert” aujourd’hui. C’est de savoir si la trajectoire qu’elle trace — réutilisabilité, méthane potentiellement durable, réduction du nombre de lancements — mène vers quelque chose de meilleur. Et ça, aucune note CCC ne peut le résumer.
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