Quand le patron de l’IA de Tesla corrige son propre patron en trois mots sur X, ça mérite qu’on s’y arrête. Le 30 juillet 2026, Ashok Elluswamy publie un post laconique : “Correction, 10 million robots”. Pas de communiqué, pas de présentation Keynote, pas de slide deck. Trois mots. Et pourtant, ce post change la nature même de l’objectif de production d’Optimus. Dans cet article, on décortique les chiffres, les sites de production, le calendrier — et les zones d’ombre que personne ne comble encore.
Ashok Elluswamy : la correction qui change tout
Ashok Elluswamy n’est pas n’importe qui dans l’organigramme Tesla. Depuis juin 2025, il dirige le programme Optimus, après avoir succédé à Milan Kovac. C’est aussi l’homme qui a construit l’IA de conduite autonome de Tesla depuis ses débuts. Autrement dit, quand il parle de robots, il sait de quoi il parle.
Ce qui rend son post du 30 juillet 2026 particulièrement significatif, c’est précisément ce qu’il n’est pas. Ce n’est pas Elon Musk qui tweete à 2h du matin un chiffre sorti de nulle part. C’est le directeur opérationnel du programme qui rectifie publiquement un objectif officiel. Le glissement est net : on passe d’une ambition floue à une cible chiffrée assumée par la hiérarchie technique.
Et ce n’est pas non plus une invention. Elon Musk avait déjà évoqué le chiffre de 10 millions lors de l’assemblée des actionnaires 2025. Elluswamy ne sort pas ça de nulle part — il transforme une déclaration de fondateur en position technique officielle. C’est une différence de statut considérable.
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Deux lignes, deux ambitions : Fremont vs Giga Texas
Fremont : l’espace libéré par Model S et Model X
La première ligne de production, ciblant environ 1 million d’unités par an, s’installe à Fremont. Elle occupe l’espace libéré par l’arrêt de production des Model S et Model X — une décision industrielle lourde de sens.
Tesla sacrifie deux de ses modèles historiques, ceux qui ont construit sa légitimité premium, pour faire de la place à son robot. C’est un signal fort sur les priorités internes. Le site est déjà en cours de transformation — c’est la ligne d’amorçage, celle qui permet de valider les process avant de passer à l’échelle.
Giga Texas : la ligne à 10 millions
C’est à Gigafactory Texas que se joue le vrai pari. La deuxième ligne de production, ciblant 10 millions d’unités par an, y est en construction depuis mai 2026 — première structure en acier déjà posée. La date cible pour atteindre le volume de production : 2027.
Pour replacer ça dans l’univers Tesla : consulte les chiffres de production Tesla au T2 2026 pour mesurer l’écart entre ce que Tesla produit aujourd’hui sur ses véhicules et ce qu’elle ambitionne pour Optimus. Le saut est vertigineux.
Deux sites, deux vitesses, une seule direction. Mais le vrai pari industriel se joue à Austin.
10 millions de robots par an : qu’est-ce que ça représente vraiment ?
Pour ancrer le chiffre concrètement, quelques repères :
- 10 millions de robots/an, c’est plus que le volume annuel de ventes automobiles neuves de la grande majorité des pays dans le monde
- L’industrie automobile mondiale produit environ 85-90 millions de véhicules par an — Tesla vise 10 millions de robots sur un seul site
- Aucun fabricant n’a jamais approché ce niveau de production pour un robot humanoïde — le précédent n’existe tout simplement pas
Et la question qu’on peut légitimement poser sans prétendre y répondre : qui sont les acheteurs à cette échelle ? L’industrie manufacturière, la logistique, l’usage domestique ? Probablement les trois — mais dans quelles proportions, et à quel prix d’adoption ? Le marché à cette taille reste encore largement théorique.
Ce programme s’inscrit aussi dans une logique plus large : l’infrastructure IA que Tesla déploie en parallèle — ses Megapods et datacenters dédiés — n’est pas étrangère à l’entraînement et au pilotage de ces robots à grande échelle. Elluswamy chapeaute les deux. Ce n’est pas un hasard.

Le flou sur les coûts à grande échelle
Sur la question des coûts, Musk a communiqué une fourchette de 20 000 à 25 000 $ par unité, au seuil du million d’unités par an. C’est la seule donnée publique disponible.
Ce qu’il n’a pas dit : aucun chiffre n’a été avancé pour 10 millions d’unités. La logique voudrait que les économies d’échelle fassent baisser le coût unitaire — mais jusqu’où ? Et le seuil de rentabilité change-t-il de nature à ce volume ?
L’absence de chiffre à 10 fois le volume n’est pas anodine. Deux lectures possibles : soit Tesla ne sait pas encore précisément, soit elle ne veut pas s’engager publiquement sur une projection qui pourrait se retourner contre elle. Les deux sont plausibles — et pas mutuellement exclusives.
Tesla a une longue histoire de coûts annoncés qui ont évolué significativement entre la promesse et la réalité. Ce qu’on ne dit pas en dit autant que ce qu’on dit.
Un calendrier ambitieux : 2027 comme année charnière
Le chantier de Giga Texas est réel. La construction a démarré en mai 2026, et la première structure en acier est posée. Ce n’est pas une annonce PowerPoint — c’est du béton et de l’acier.
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Mais entre l’acier et 10 millions de robots, il y a encore beaucoup de chemin. Les risques concrets à identifier :
- Approvisionnement en composants : les actionneurs, capteurs et processeurs nécessaires à cette échelle représentent une pression inédite sur les chaînes d’approvisionnement mondiales
- Recrutement : industrialiser la robotique humanoïde à ce niveau nécessite des profils rares, en compétition directe avec tous les autres acteurs du secteur
- Montée en cadence logicielle : le hardware peut sortir de l’usine — encore faut-il que le software suive au même rythme
Optimus partage d’ailleurs son calendrier cible et sa logique d’autonomisation avec l’autre grand pari industriel de Tesla pour 2026-2027, le Cybercab. Les deux projets illustrent la même stratégie : une Tesla qui mise sur l’autonomie physique et logicielle comme prochain vecteur de croissance. Tenir les deux simultanément, c’est le vrai défi d’exécution.
Les “Musk timelines” sont connues de tous les passionnés — c’est un fait, pas une critique. Tesla a souvent livré en retard. Mais Tesla a aussi livré. 2027, c’est dans 18 mois. L’acier est posé. Et quand les experts consultés dans le secteur de la robotique mondiale soulignent que personne n’a encore industrialisé l’humanoïde à cette échelle, ils pointent autant un risque qu’une opportunité historique pour celui qui y arrivera le premier.
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